Vin et Nutrition, Dyonisos et Asclépios

Comment passe-t-on de Sommelier à la Nutrition ? Selon la lecture que l’on en
fait, cela reste dans le plaisir de la table mais surtout l’intérêt de l’équilibre
alimentaire avec les plaisirs de la table.
Il y a 40 ans déjà le cardiologue de mon grand-père préconisait un à deux verres
de vin rouge maximum par jour ; bien des années plus tard j’ai retrouvé ces
recommandations dans le régime Méditerranéen auquel nous sommes très
sensibles chez FORM-EAT et dans la cuisine que nous proposons.
Mes cours à l’académie de la Nutrition Positive m’ont appris les bienfaits du vin
rouge grâce au Révérastrol qu’il contient et notamment sa présence dans le Pinot
Noir. Quelle belle découverte pour moi ! En effet j’ai toujours été fan des rouges de
Bourgogne (issus du cépage Pinot Noir). Quand j’exerçais en tant que sommelier
c’est souvent ces vins que je proposais et que je mettais en avant…
Et puis il y a quelques mois, patatra tout s’effondre ! Un rapport médical supporté
par la ministre de la santé de l’époque avance la toxicité du 1er verre de vin au
même titre que tous les autres alcools forts. Alors le fameux régime
Méditerranéen ? Le fameux French Paradoxe ? Tout ça c’est du pipeau ??
Loin du dogme aux idées arrêtées, J’ai trouvé un article de Thierry SOUCCAR,
journaliste Scientifique spécialisé en Nutrition, qui sur de nombreuses études
croisées nous apporte un avis pondéré.
Quoiqu’il en soit, je préconise toujours les Vins Bio. J’ai également travaillé dans
des caves lors de ma formation Viti-oeno et j’ai pu constater parfois avec dépit de
drôleS de produits qu’on vidait dans les cuves ; je ne vous parle même pas des
mixtures chimiques qu’on infligeait à la vigne mais ça c’est un autre débat.
Je vous invite à lire donc l’article de Thierry Souccar qui remet un peu l’Eglise au
centre du village
Richard HELMAN

VU DU CŒUR, LE VIN EST BIEN DE L’ALCOOL (ET L’ALCOOL EST BON POUR LE CŒUR). Par Thierry SOUCCAR

Si le vin, c’est pareil que l’alcool, comme le dit la ministre de la santé, alors elle doit
accepter le fait qu’il a les mêmes effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire.
Sous le titre « Vu du foie, le vin est bien de l’alcool », un quarteron de médecins a, dans une
tribune récente du Figaro, volé au secours de la ministre de la santé Agnès Buzyn qui avait
contesté que le vin puisse jouer le moindre « rôle protecteur ».
« C’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka ou du whisky », avait
affirmé la ministre. « On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu’il
apporterait des bienfaits que n’apporteraient pas les autres alcools. C’est faux scientifiquement,
le vin est un alcool comme un autre.»
C’était juste avant qu’Emmanuel Macron lui inflige une forme de désaveu en déclarant qu’il buvait
du vin midi et soir.
Les signataires de la tribune du Figaro déplorent que la ministre se soit « trouvée bien seule dans
un gouvernement qui nie les évidences scientifiques et se montre plus sensible aux intérêts de
l’alcool qu’à l’intérêt général. »

LES « ÉVIDENCES SCIENTIFIQUES »
Voilà donc nos médecins engagés dans la transmission au grand public des « évidences
scientifiques ».
Quelles sont-elles ? Dans leur texte, elles tiennent finalement en une phrase : « les effets sur la
santé ne dépendent pas du type d’alcool, que ce soit du vin, des spiritueux ou de la bière. »
Cette « évidence scientifique » est discutable, mais acceptons-la.
Ils ajoutent : « ce qui compte, en termes de toxicité, écrivent-ils, c’est la quantité d’alcool bue. »
Mais si le vin est un alcool comme les autres, alors tous les effets de la consommation d’alcool
sur la santé, pas seulement ceux négatifs ou « toxiques » s’appliquent au vin. Et, pour
paraphraser les auteurs de la tribune du Figaro, ce qui compte en termes de bénéfices, c’est
la quantité d’alcool bue.
Bizarrement, ces bénéfices sont absents des « évidences scientifiques » recensées par ces
experts. Par manque de place, certainement.
Voici donc ce qu’ils n’ont pas dit dans Le Figaro.

LE VIN, BON POUR LE COEUR
La plupart des études conduites à ce jour montrent qu’une consommation modérée d’alcool et/ou
de vin, soit un à deux verres par jour, est associée à un risque de maladie cardiovasculaire et de
mortalité cardiovasculaire réduits, par rapport à l’absence de consommation, ou à une
consommation excessive.
« Pour les personnes qui boivent un à deux verres par jour, il y a des preuves substantielles
et consistantes d’une association bénéfique avec le risque cardiovasculaire, par rapport à celles
qui n’ont jamais bu d’alcool. Cette relation remplit les critères du lien de cause à effet »,
rapportent les auteurs d’un article de synthèse récent.
Mais si boire un peu d’alcool chaque jour a des effets positifs, cela peut comporter aussi des
risques, par exemple sur certains cancers. Ces risques l’emportent-ils sur les bénéfices ?
Les études sur la mortalité toutes causes ont apporté une réponse à cette question.
L’une des études épidémiologiques les plus récentes a été conduite aux Etats-Unis sur 333 000
adultes pendant 8 ans. Elle a trouvé, à l’instar des études précédentes, que les buveurs modérés
et réguliers ont un risque de mortalité cardiovasculaire réduit de 26%, et un risque de mortalité
totale réduit de 21%.
Ces études, qui font de la consommation modérée, régulière d’alcool un facteur modérément
favorable à la santé, irritent au plus haut point les prohibitionnistes.
Ils les ont attaquées, au motif qu’elles comporteraient des biais : les anciens buveurs seraient
classés comme « abstinents ». Ainsi, en 2016, une méta-analyse conduite dans le BMJ par des
addictologues a prétendu refaire les calculs en intégrant ces biais ; elle a conclu que la
consommation d’alcool n’est pas associée à une baisse de la mortalité.
Le hic, c’est que cette moulinette est elle-même entachée de biais : ses auteurs, après avoir
identifié 2 575 études sur l’alcool en lien avec la mortalité, ont réussi l’exploit d’en éliminer 2 488
sous des prétextes divers, pour ne retenir que celles qui ne desservaient pas leur démonstration.

Et même à en accepter les conclusions, celles-ci ne mettent pas en évidence de risque lié à une
consommation modérée.

1 À 2 VERRES PAR JOUR
Que la ministre et ses amis du Figaro le veuillent ou non, tant les études récentes, corrigées des
erreurs éventuelles, que les études chez l’animal, suggèrent bien que les personnes qui boivent
modérément de l’alcool, de préférence dans le cadre d’un régime de type méditerranéen, ont un
risque cardiovasculaire plus faible que les abstinents et un risque de mortalité totale qui, au pire,
n’est pas augmenté.
L’Institut national des Etats-Unis sur l’abus d’alcool et l’alcoolisme (NIAA), tout en soulignant les
risques de l’alcool chez certains, reconnaît que la mortalité totale toutes causes est plus
basse lorsqu’on boit un à deux verres par jour que lorsqu’on ne boit jamais d’alcool. « Sauf
pour les personnes ayant un risque particulier, dit le NIAA, la consommation de deux verres par
jour chez un homme, et d’un verre chez une femme, ne présente probablement pas de risque
pour la santé. »
Et ce qui est vrai pour l’alcool, est donc vrai pour le vin si l’on suit le raisonnement de Mme Buzyn
et des signataires du Figaro.
Conclusion : une consommation modérée de vin, bio de préférence, est compatible avec une
bonne santé. Ce n’est pas une invitation à boire de l’alcool si on est abstinent bien sûr.

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